Domicile Environnement Le fleuve Niger : l’incivisme environnemental en période d’étiage à Niamey 

Le fleuve Niger : l’incivisme environnemental en période d’étiage à Niamey 

par Ismaila Garba
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L’étiage du fleuve nous rend toujours pauvres sans activité secondaire…

Le bassin du fleuve Niger, une des mamelles économiques et agricoles de neuf pays en Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui menacé par l’incivisme environnemental en pleine période d’étiage à Niamey. Cette situation risque de compromettre l’alimentation en eau potable, les activités agricoles (particulièrement le jardinage et les rizières) dans cette capitale nigérienne entièrement dépendante du fleuve. 

En période d’étiage, généralement comprise entre les mois de mars et juillet, la pêche artisanale s’envole et les rizières blanchissent au détriment des pécheurs et agriculteurs qui deviennent de plus en plus des nomades affamés. «L’étiage du fleuve nous rend toujours pauvres sans activités secondaire. Nous sommes habitués à la riziculture et à la pêche. Aujourd’hui tout s’envole au petit vent », déclare Elhadj Mohamadou, un habitant de la rive droite de Niamey.

La main de l’homme citadin, un incivisme environnemental gratuit…

La déforestation : La déforestation excessive le long du fleuve Niger conduit à l’érosion des sols et à la diminution de la capacité d’absorption de l’eau par les sols. Cela entraîne une augmentation du ruissellement, des inondations et des changements de régime hydrologique du fleuve. Aussi, cela constitue un des facteurs irréfutables qui est « l’ensablement du fleuve Niger ».

L’exploitation minière : Principalement l’orpaillage à certain endroit le long du fleuve Niger, a des conséquences néfastes sur la qualité de l’eau et sur les écosystèmes riverains. Les activités minières entraînent souvent une pollution de l’eau par des métaux lourds et des produits chimiques (principalement le mercure, le cyanure, zinc, acide sulfurique, acide nitrique) utilisés dans le processus d’extraction minière.

Le changement climatique : Le changement climatique a un impact sur le régime hydrologique du fleuve Niger, entraînant des variations dans le débit et les précipitations. Cela peut avoir un effet sur la disponibilité de l’eau pour les communautés riveraines et les écosystèmes dépendants du fleuve. Toutefois, malgré que les sahéliens soient les plus vulnérables aux effets du changement climatique et moins émetteurs des gaz à effets de serre, il est temps que le Sahel trouve sa place dans le jeu des politiques internationales en matière d’atténuation et d’adaptation face au réchauffement climatique. « Nous sommes tous une partie de la cause du changement climatique, mais nous sommes aussi une partie de la solution », selon Bruno Lansard, Météorologue océanographe français.

De nos jours, toutes ces menaces énumérées sur ce grand fleuve de l’Afrique de l’Ouest sont malencontreusement de nature anthropique.

Une autre grande menace de tout le temps, « l’incivisme environnemental gratuit ! »  Il s’agit de la pollution du fleuve qui continue son chemin tranquillement sous le regard des citadins de « Niamey Nyala ». Mais cette fois-ci, le citadin nigérien est allé plus loin en créant un dépotoir sauvage sur un fleuve fragilisé par l’étiage !

Nous sommes tous interpellés pour jouer le rôle d’un « berger » face à la protection de notre richesse commune et indivisible. Ces genres de pratiques doivent cesser pour toujours et à jamais.

Le Fleuve est déjà confronté aux différentes pollutions liées aux activités industrielles, et agricoles le long de son cours tels que les rejets de substances toxiques qui transgressent au retour la norme nigérienne des rejets des déchets notamment « l’Arrêté N°000343 MSP/SG/DGSP/DHP/ES fixant les normes des rejets des déchets ».

Des études récentes faites par la Faculté d’Agronomie de l’Université Abdou Moumouni de Niamey ont confirmé les sources et origines de la pollution de l’eau du fleuve Niger au niveau de la ville de Niamey. 

La ville de Niamey rejette jusqu’à 13 540 m3j-1 d’eaux usées à travers trente-deux (32) points de rejets identifiés le long des rives du fleuve Niger. Au niveau de ces exutoires, les mesures in-situ ont montré que le pH varie de 5,1 à 10,2. La conductivité électrique (CE) varie de 220μScm-1 à 8 095μScm-1 ; les Totaux des Sels Dissouts (TDS) varient de 112ppm à 4 070ppm et le chlorure de sodium (NaCl)varie entre 0,45% et 15,9%. Ces valeurs de pH, CE, TDS et NaCl sont supérieures aux valeurs limites des rejets fixées par le texte réglementaire normatif nigérien et celui de l’OMS. Au regard de ces résultats, les eaux usées doivent être traitées avant leur déversement dans le fleuve Niger.

ADAMOU MARAFA M., TANKARI DAN BADJO A* ., ABDOU GADO F. Département Science du Sol, Faculté d’Agronomie, UAM de Niamey, 2020

Ajouter encore les déchets urbains, l’impact environnemental sera sans doute important sur la qualité de l’eau en particulier et sur la biodiversité aquatique en général.

Pour rappel, par son importance capitale, suite à la Commission du Fleuve Niger (CFN) née en 1964, l’Autorité du bassin du Niger (ABN) a été créée en 1980 dont le siège est basé à Niamey.

Le but de l’ABN est de promouvoir la coopération entre les pays membres (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria et Tchad) et d’assurer un développement intégré du bassin du Niger dans tous les domaines, grâce à la mise en valeur de ses ressources.  Depuis sa création en 1980, l’ABN s’investit dans les études hydrologiques qui portent essentiellement sur l’évaluation de la ressource en eau, sur des projets d’aménagements potentiels dans les domaines hydro-agricole et hydroélectrique ou encore sur la propagation des crues.

Autorité du bassin du Niger (ABN)

Cependant, tous les efforts sur la gestion intégrale du fleuve par nos pays ouest africain à travers ABN ou les institutions étatiques concernées, n’ont point de finition concrète et durable sans esprit de civisme.

Il est crucial de prendre des mesures pour préserver le fleuve Niger en luttant contre ces menaces, en favorisant la gestion durable des ressources en eau et en promouvant des pratiques agricoles et industrielles respectueuses de l’environnement.

Nous sommes tous une partie de la cause de ces menaces sur le fleuve Niger, mais nous sommes aussi une partie de la solution !

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2 commentaires

ZONGO 9 septembre 2023 - 6h21

Une triste réalité. Merci d’avoir exposé le problème.

Réponse
Ismaila Garba 13 septembre 2023 - 15h14

Merci pour l’encouragement. Ensemble nous relevons le défi.

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